vendredi 3 juin 2011

Le jour de la marmotte




Le soleil s’est déjà endormi. Le marchand de sable a fini sa tournée. Ma tête est lourde, mon cœur léger. Je suis nue sous les draps…

Entre les bruits de la promenade Ontario et un rêve rose bonbon, des toctocs souriant raisonnent à mes oreilles. La tête encore à l’envol, je me retourne et t’aperçois à ma fenêtre. Je suis là. Toi aussi. Je ne t’attendais pas. Sacré Roméo! Tu ne peux t’empêcher de grimper sur mon balcon pour décrocher la lune et l’allumer dans mon 5 et demie.

Tu te glisses dans ma chambre. L’air espiègle, tu te frais un chemin sous la couette. Tu échappes des baisers de mes chevilles à ma nuque, comme si tu faisais un mauvais coup. Mes doigts se faufilent dans le roux de tes cheveux. Gamin, ce que tu m’as manqué! J’entrevois le vert de tes yeux qui m’épient l’air de dire : mais qu’est-ce que t’attends?… Tu me donnes ta bouche et je te rends la mienne : un bonjour silencieux. On s’étourdit dans la literie. Ton corps contre le mien est encore trop loin. Tu détaches mes cheveux. Mon cœur s’agite, mais c’est le tien qui donne le rythme. Je perds la tête. Je nous sens si forts, mais moi si frêle. Tes mains créent mes frissons. J’ai peur. Je tremble. Un regard rassurant, un soupir. On s’abandonne les yeux grands ouverts.

Sous le sourire de la lune, le temps s’est arrêté. Ta Capri carreautée, ton chandail rouge et tes souliers verts restent confortables sur la franchise du bois. Ça fait un bout qu’on s’est jasé. Tu me racontes tes songeries. Tu veux te rendre à Figi en voilier, construire des écoles à Cuba, pédaler le Portugal… T’es fou, mais je trouve ça sexy. Je remarque que tes yeux commencent à brider. Une trace de sagesse, ça, c’est le pied! Ha! Ha! Ha! On devient crampés et ça vire en guerre d’oreillers. 1-2-3 K.O. Tu me rends un dernier baiser en me tenant encore les poignets. Un peu essoufflée, ma tête se cache dans ton coup. On ferme les yeux sur la rosée. On prétend que le sablier ne s’est pas vidé… Je m’endors pendant que tu caresses mes cheveux encore ébouriffés.

Le soleil est de retour, mais j’ai froid. J’étends le bras comme j’avais perdu l’habitude de le faire. Tu n’es plus là. Seul le coup de vent qu’a laissé la porte en fermant hante encore l’écho de la pièce. Je souris, sachant que la Lune finit toujours par revenir. C’est ainsi depuis des saisons.

Hier…

Tu es arrivé avant que le soleil ne soit fatigué. Je n’étais pas couchée, j’étais partie trotter. Tu as monté les marches une à une avant de cogner à la porte d’entrée. Ma coloc t’a répondu nue, sous les draps de bain. Un malaise qui a claqué la porte… Un peu coupable, ma coloc se repentit au téléphone. Je dévale Pi-IX à vive allure. En haut des escaliers, toi, tu n’y étais plus. Tant mieux, j’aurai le temps de me faire coquette. J’ai choisi la robe brune, celle qui te fait embraquer. Un peu de mascara, mais pas trop, je savais que tu n’aimais pas ça… Ce soir-là, je t’ai attendu. Je t’ai attendu sur mon balcon jusqu’à ce que le soleil s’endorme. Mais qu’est-ce que j’attends?… J’ai compris que la Lune n’y serait pas.

Ce matin…

Il fait sombre et j’ai froid. J’ai le cœur dans la flotte. J’étends le bras. Ce n’est pas mon lit, mais il y a quelqu’un. Je vérifie, mais ce n’est pas toi. Mes jeans et mon t-shirt gisent sur le sol. Les effluves éthyliques de cette rencontre insipide rodent encore. Le souvenir de fastidieux ébats dérivatifs me donne un haut-le-cœur. Il faut que je décrisse!

Maintenant…

Le jour de la marmotte a fait son temps. Je crois que la bestiole avait besoin de lunettes. Tu les lui as remises sans même t’en rendre compte. Du pied gauche, elle est sortie de son terrier. De toute façon, elle ne se reconnaît plus à attendre la chaleur, enfermée. Aujourd’hui, son ombre la suit. Bien que cette tache soit effrayante, la marmotte la trouve plutôt jolie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire