dimanche 26 juin 2011

Les brûlots


Vous connaissez surement une personne qui panique lorsqu’elle a oublié son cellulaire. Le genre qui se présente à tous les évènements facebook auxquels elle n’est pas conviée pour se faire des nouveaux amis. Tsé, l’individu qui a tellement peur d’être tout seul qu’il se colle à n’importe qui le temps d’une sortie. Le même mec qui, par la suite, snobe le solitaire de la table d’à côté en le disant «sooooooooooooo looser» pour se croire populaire. Avouez que vous avez tous un prénom qui vous résonne en tête en ce moment!

Stiiiiiiiiiiiii que ça gosse le monde de même! Perso, je les appelle les brûlots, comme l’insecte. Ils se faufilent partout, même aux endroits les plus privés. Ils sont actifs de jours, comme de nuit et viennent mordre dans notre énergie. Quand ils partent, ils laissent une trace qui nous irrite pendant longtemps.

Je chiale comme ça, mais je pense qu’on passe tous par une période brûlot. Cela s’appelle L’ADOLESCENCE. C’est vrai, les ados sont programmés pour aspirer à devenir des copies conformes de leurs amis colériques aux idées aussi utopistes qu’arrêtées. Cela dure jusqu’à ce que quelqu’un de la gang se tanne et fasse son chemin, mais on peut les regarder papillonner longtemps avant que ça arrive.

Outre cette période caractérisée par les clichés, j’ai moi-même longtemps eu BESOIN de mes amis pour me sentir vivante. Besoin d’Androu pour réaliser à quel point je suis zen. Besoin de Charp pour me montrer que je suis une fille de confiance. Besoin de Nic pour rappeler que je suis émotive et de Cloé pour me montrer rationnelle. J’espérais que les opinions de chacun d’eux dessinent un jour mon portrait, comme dans un miroir. Une œuvre intemporelle que j’aurais pu garder en pensant que je détenais enfin la vérité. Sans mes amis, je m’activais anxieusement pour finalement devenir la fille qui fait des mots croisés, la fille qui s’entraine, la fille qui étudie, la fille qui cuisine, … Pendant ce temps, Marie était comme l’eau : limpide, inodore, incolore. Je suivais le courant sans avoir de caractéristique qui me soit propre. J’empruntais celles des autres, en passant.

Bien que j’aie été brûlot, je ne suis certainement pas la seule. Je crois même qu’il s’agit d’un phénomène plutôt répandu, simplement à intensités différentes. C’est vrai, vous ne trouvez pas qu’il y a un je-ne-sais-quoi de malsain dans les relations de nos jours? La meilleure situation pour vous le prouver est celle du party pour lequel vous êtes l’hôte. Vous connaissez assurément tout le monde, mais ce n’est pas le cas de tous, alors vous devez faire les présentations : « Voici, Félix, mon ami de la job, Andrew, mon partenaire de danse, Cath, ma coloc...» et cette énumération perdure jusqu’à ce que tous soient nommés. Pourquoi ne pouvons-nous s’empêcher de juxtaposer un qualificatif qui nous appartient au prénom de nos amis? Certains dirons que c’est normal qu’on nomme la relation qui nous relie, mais pourquoi? Inconsciemment, on ne fait que délimiter notre territoire. La personne à qui on s’adresse saura pertinemment que vous être l’ami de la job de l’un, le partenaire de danse de l’autre, la coloc de la chiks rousse et que ce poste est comblé. Ainsi, Narcisse assure ses arrières et les autres peuvent fraterniser sans qu’il se sente menacé.

Si un brûlot se regarde dans le miroir, il ne voit que le brûlot. Le reflet des autres éléments de la pièce lui passent inaperçus. Il ne remarque pas non plus le cadre autour de son image. Celui qui lui rappellerait à quel point le miroir est un objet révolutionnaire. Non, il ne voit qu’un brûlot.

Pour apprendre à apprécier le miroir, le brûlot doit se connaître. Se connaître suffisamment pour ne plus avoir besoin de cette image que le miroir lui projette. Ainsi, pourrait-il admirer la beauté de l’amitié?

vendredi 3 juin 2011

Le jour de la marmotte




Le soleil s’est déjà endormi. Le marchand de sable a fini sa tournée. Ma tête est lourde, mon cœur léger. Je suis nue sous les draps…

Entre les bruits de la promenade Ontario et un rêve rose bonbon, des toctocs souriant raisonnent à mes oreilles. La tête encore à l’envol, je me retourne et t’aperçois à ma fenêtre. Je suis là. Toi aussi. Je ne t’attendais pas. Sacré Roméo! Tu ne peux t’empêcher de grimper sur mon balcon pour décrocher la lune et l’allumer dans mon 5 et demie.

Tu te glisses dans ma chambre. L’air espiègle, tu te frais un chemin sous la couette. Tu échappes des baisers de mes chevilles à ma nuque, comme si tu faisais un mauvais coup. Mes doigts se faufilent dans le roux de tes cheveux. Gamin, ce que tu m’as manqué! J’entrevois le vert de tes yeux qui m’épient l’air de dire : mais qu’est-ce que t’attends?… Tu me donnes ta bouche et je te rends la mienne : un bonjour silencieux. On s’étourdit dans la literie. Ton corps contre le mien est encore trop loin. Tu détaches mes cheveux. Mon cœur s’agite, mais c’est le tien qui donne le rythme. Je perds la tête. Je nous sens si forts, mais moi si frêle. Tes mains créent mes frissons. J’ai peur. Je tremble. Un regard rassurant, un soupir. On s’abandonne les yeux grands ouverts.

Sous le sourire de la lune, le temps s’est arrêté. Ta Capri carreautée, ton chandail rouge et tes souliers verts restent confortables sur la franchise du bois. Ça fait un bout qu’on s’est jasé. Tu me racontes tes songeries. Tu veux te rendre à Figi en voilier, construire des écoles à Cuba, pédaler le Portugal… T’es fou, mais je trouve ça sexy. Je remarque que tes yeux commencent à brider. Une trace de sagesse, ça, c’est le pied! Ha! Ha! Ha! On devient crampés et ça vire en guerre d’oreillers. 1-2-3 K.O. Tu me rends un dernier baiser en me tenant encore les poignets. Un peu essoufflée, ma tête se cache dans ton coup. On ferme les yeux sur la rosée. On prétend que le sablier ne s’est pas vidé… Je m’endors pendant que tu caresses mes cheveux encore ébouriffés.

Le soleil est de retour, mais j’ai froid. J’étends le bras comme j’avais perdu l’habitude de le faire. Tu n’es plus là. Seul le coup de vent qu’a laissé la porte en fermant hante encore l’écho de la pièce. Je souris, sachant que la Lune finit toujours par revenir. C’est ainsi depuis des saisons.

Hier…

Tu es arrivé avant que le soleil ne soit fatigué. Je n’étais pas couchée, j’étais partie trotter. Tu as monté les marches une à une avant de cogner à la porte d’entrée. Ma coloc t’a répondu nue, sous les draps de bain. Un malaise qui a claqué la porte… Un peu coupable, ma coloc se repentit au téléphone. Je dévale Pi-IX à vive allure. En haut des escaliers, toi, tu n’y étais plus. Tant mieux, j’aurai le temps de me faire coquette. J’ai choisi la robe brune, celle qui te fait embraquer. Un peu de mascara, mais pas trop, je savais que tu n’aimais pas ça… Ce soir-là, je t’ai attendu. Je t’ai attendu sur mon balcon jusqu’à ce que le soleil s’endorme. Mais qu’est-ce que j’attends?… J’ai compris que la Lune n’y serait pas.

Ce matin…

Il fait sombre et j’ai froid. J’ai le cœur dans la flotte. J’étends le bras. Ce n’est pas mon lit, mais il y a quelqu’un. Je vérifie, mais ce n’est pas toi. Mes jeans et mon t-shirt gisent sur le sol. Les effluves éthyliques de cette rencontre insipide rodent encore. Le souvenir de fastidieux ébats dérivatifs me donne un haut-le-cœur. Il faut que je décrisse!

Maintenant…

Le jour de la marmotte a fait son temps. Je crois que la bestiole avait besoin de lunettes. Tu les lui as remises sans même t’en rendre compte. Du pied gauche, elle est sortie de son terrier. De toute façon, elle ne se reconnaît plus à attendre la chaleur, enfermée. Aujourd’hui, son ombre la suit. Bien que cette tache soit effrayante, la marmotte la trouve plutôt jolie.