samedi 18 septembre 2010

coming out

Je me nomme Marie Monde.

En apparence, j’ai l’air comme plusieurs autres femmes de mon âge. À 24 ans, je suis étudiante et je réussis assez bien. Je suis en forme, le sport faisant partie de ma vie depuis que je sais marcher. J’ai de bons amis, présents depuis longtemps. Une famille vraisemblablement normale. Je suis relativement autonome. Je partage un appartement avec d’autres filles un peu comme moi. Côté cœur, je me porte bien. Je suis assez jolie, je n’ai pas les dents croches, ni les pieds par en dedans, mais je préfère garder mes beaux yeux pour quelqu’un qui le mérite.

Adolescente, j’avais l’air comme plusieurs autres filles de mon âge, mais je mangeais trop. Lorsque j’étais seule en revenant de l’école, je mangeais tout ce qui me tombait sous la main. Un peu plus tard, j’allais refaire une épicerie et tout le monde n’y voyait que du feu. Ma mère me trouvait serviable, mais moi, je me sentais différente. Ensuite, j’allais faire du sport. Joueuse du rugby, basketball, soccer et course à pied. Mes amis me disaient sportive, mais moi je me sentais différente. La danse était mon seul ami avec qui je me permettais d’être entièrement moi-même. Un ami qui demeure toujours.

Jeune adulte, j’avais l’air comme plusieurs autres jeunes femmes de mon âge, mais je ne mangeais plus. Rendue en appartement, mon frigo était presque vide. Seulement quelques fruits, légumes et un pot de yogourt nature restaient. Je pouvais passer des heures au gym lorsque l’occasion d’un souper entre amis se présentait. Je réussissais bien dans mes études. J’étais présidente de l’association de mon programme et avais l’ambition de me rendre au doctorat. Les gens me disaient performante, mais moi je me sentais différente. Les yeux masculins commençaient à se tourner vers moi. Un regard que je n’avais jamais vraiment connu auparavant. Pourtant, aucun homme n’est resté. Je me suis mise à croire que je n’étais pas assez…

En apparence, j’ai toujours eu l’air comme tout le monde, mais moi je me sens parfois comme une extraterrestre. J’ai des troubles alimentaires depuis le début de mon adolescence. J’ai eu la chance d’être entourée de gens qui m’aiment et m’apprécient pour ce que je suis, mais moi je me refusais de le reconnaître. Souvent, j’ai dû leur mentir pour préserver l’image de fille forte et parfaite que je leur reflétais et tel est mon plus grand regret. Plusieurs amitiés se sont brisées, mon cœur aussi parfois.

C’est pour ces gens que j’ai mis le pied pour la première fois à la clinique St-Amour, un endroit qui allait m’aider on me disait. Je ne cessais de me répéter que je n’avais pas besoin d’aide. Je refusais d’accepter que je fusse différente et vulnérable. Je ne voulais que faire taire les inquiétudes de mon entourage.

Heureusement, le personnel de la clinique a été patient. Les intervenants ont su attendre que je me sente prête à affronter le changement. Tranquillement, ils m’ont aidée à me rappeler qui j’étais réellement et retrouver un équilibre de vie saine. La clinique m’a sortie de ma solitude en prenant conscience que d’autres vivaient des difficultés semblables. En 3 ans, je peux dire que j’ai accumulé les hauts et les bas. J’ai fait 2 fois le suivi intensif, ce pour quoi j’ai dû interrompre mes études. Aujourd’hui, je m’en remercie.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé des moments de pur bonheur. Je danse et fais du sport pour le plaisir et non pour me brûler. J’accumule sereinement les matins où j’apprécie ce que je vois dans le reflet du miroir et je m’entoure de gens passionnés qui me ressemblent. Je suis maintenant marraine pour aider à mon tour ceux qui se sentent seuls. Cette expérience apporte un sens aux difficultés que j’ai vécues et cela m’apporte beaucoup de bien.

Ce texte est probablement le plus confrontant pour plusieurs qui me connaissent. Un coming out qui risque de créer bien des vagues. Un coming out qui, je l’espère, vous aidera à comprendre. Un coming out qui vise à faire taire les préjuger et à ouvrir l’empathie. Un coming out qui désire mettre sous silence les commentaires désobligeants qui quittent parfois vos lèvres à la vue d’une personne en souffrance. Un coming out qui cherche à ouvrir vos yeux à l’égard de vos proches, car une fille sur dix aujourd’hui éprouve une détresse semblable à la mienne qui pourrait la mener à la mort. Un coming out qui cible vos cœurs. Un coming out qui me rend ce matin légère, fière et souriante.

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