dimanche 26 septembre 2010

Nostalgie

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

J’ai rencontré mon meilleur pot quand j’avais 14 ans et encore ma naïveté d’enfant. On a grandi côte à côte en se serrant les coudes. On se racontait nos rires et nos peurs le temps de partager un pops à l’orange. Il ne parlait pas beaucoup à l’époque, c’était plutôt lui qui m’écoutait parler de mes blessures d’adolescente, de mes histoires de coeur. Lui était plus discret et c’était correct comme ça. Une fois par année, on profitait d’une journée de plein air, mais la plupart du temps, on écoutait de la musique sans dire un mot. Des contacts physiques, il n’y en avait pas, sinon une tape dans la main pour dire au revoir. Pis c’était correct comme ça.

Mes amis sont venus chez moi hier, le temps d’un verre. Des amis qui le sont depuis longtemps. Mon meilleur pot était là évidemment. On se rappelait nos 400 coups. Il est en couple aujourd’hui avec une femme qui fait briller ses yeux comme jamais. Il a un emploi stable et un condo qu’il partage avec elle. Hier, on les entendait même parler de chat, de chien et de bébé! On se tient toujours les coudes. Je reste là, à ses côtés. Moi, qui déménage tous les deux ans, toujours en colocation, toujours aux études. Je mène une vie de célibataire, très célibataire. Je ne passe pas mon temps à courailler, mais je n’ai de comptes à rendre à personne, même pas à un animal de compagnie à Montréal puisque ma coloc en a horreur. C’est correct comme ça. Il m’écoute parler de mes blessures de jeunes adultes, de mes projets. Des fois, je m’ennuie de ces moments dans sa voiture où l’on écoutait de la musique, sans dire un mot. Mais les choses changent, et c’est correct comme ça.

Lorsqu’il est parti, nous nous sommes donné deux becs de politesse, comme nous le faisons souvent lorsque nous sommes en groupe. Pourtant, je préfère cette tape de main qui signifie beaucoup plus pour moi. C’est comme si parce qu’on a vieilli, les choses doivent changer. Pourtant, je ne suis pas de ces personnes qui accordent de l’importance à la routine ou aux traditions. Peut-on se plaire dans la nostalgie?

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

Hier, un vieil ami, fréquentation, crève-cœur, ami à nouveau m’a écrit. Une personne qui va probablement lire ce texte avec un sourire en coin d’ailleurs. Vous connaissez le genre d’histoire où la fille tombe amoureuse du gars qui lui ne veut pas s’engager et qui s’en va. Pis c’est correct comme ça. Je m’en suis remise et aujourd’hui, je pense à lui avec un sourire en coin. Je parle de lui, parce qu’à la lecture de son message, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un petit pincement au cœur. Vous savez, ce genre de pincement qui n’a plus lieu d’être, mais qui revient en souvenir de ce que vous avez vécu. Un petit pincement éphémère qui fait du bien. Ça m’a pris du temps à réaliser qu’il faut laisser au passé, ce qui appartient au passé. Aujourd’hui, je l’ai compris, et c’est correct comme ça. Ça nous permet d’être de bons amis et de rester côte à côte en nous serrant les coudes.

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

Ado, quand j’allais chez mon père, c’était comme les vacances. Comme je n’y allais presque jamais, je pouvais me laisser trainer, me faire engueuler, sans qu’on veuille m’arracher les cheveux de la tête. Mon père se forçait pour être sympathique et cuisiner mon plat préféré pour le souper. Il endurait mon chien, même s’il aurait préféré le cacher dans le bac de poubelles en attendant l’éboueur. On faisait semblant de s’endurer, mais dans le fond, on s’aimait bien.

Cette fin de semaine, je suis en vacances chez mon père. Pour une fille de 24 ans, en appartement depuis ses 19, la demeure familiale est un lieu de réconfort et de paresse. Je me laisse trainer et il ne dit rien. Il se contente d’un soupir découragé que je refuse d’entendre. Il se force pour être drôle et m’a cuisiné une bonne soupe maison, comme je les aime. Lorsqu’il a rencontré mon chien, il a chialé, mais sans plus. Comme avant. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, on partage une bouteille de vin, on fait des jokes de cul pis on trouve ça correct comme ça.

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles. Pis c’est correct comme ça. Ça nous permet d’avancer sans trop nous perdre. C’est rassurant.

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