À l’Halloween, j’ai fait mon marché dans Hochelaga. Je voulais acheter des bonbons pour les donner aux enfants. Mes colocs m’avaient dit que personne ne viendrait, mais j’étais incapable de m’y résigner. J’avais tant de bons souvenirs déguisés. Je voulais en offrir à mon tour. Cinq heures : il était tard pour un soir d’Halloween, mais mieux vaut tard que jamais. Lorsque je suis sortie de l’appartement, aucun enfant ne marchait dans ma rue. C’est en tournant le coin d’Ontario que je les ai aperçus. Des dizaines d’enfants étaient aux portes des commerces qui les gâtaient de bonbons de toutes sortes. Des bénévoles orangés étaient aussi présents pour assurer la sécurité et remettre des sacs-surprises. Chaque famille du quartier n’était peut-être pas suffisamment riche pour acheter des palettes de chocolat, mais ensemble et avec l’aide des marchands, elles étaient parvenues à battre la pauvreté.
L’autre jour, j’ai tourné le même coin de rue dans Hochelaga. Un mendiant y était assis avec son chien. À sept heures le matin, il saluait les gens et leur souhait bonne journée en souriant. Je suis entrée à la boutique d’à côté m’acheter un bon café latté pour me remettre de ce petit matin pressé. Je hais les petits matins pressés! À la caisse, en attendant mon breuvage réconfortant, j’ai entendu : « Ramasse-le donc ton cabot de chien! Yé dans mes jambes!» Un homme en trench s’était enfargé dans la laisse du labrador en se ruant vers la porte du café. Le genre de monsieur qui a l’habitude des matins pressés. Le jeune mendiant s’est excusé en souriant bêtement et en priant son chien de revenir se coucher près de lui. C’est le monsieur qui a grogné et moi, à mon tour. Le chien, lui, est resté silencieux. En sortant du café, j’ai remis mon latte au garçon en lui souhaitant bonne journée. Le jeune homme n’avait certes pas l’air d’un ange, mais la violence ne venait pas de lui.

Hier, j’ai marché dans Hochelaga tout l’après-midi. À la recherche d’un emploi, j’ai visité chaque organisme communautaire oeuvrant auprès des enfants ou des adolescents. J’ai terminé par celui qui m’intéressait le plus. C’est probablement pourquoi j’ai été déçue que la porte soit verrouillée lorsque je m’y suis présentée. Un garçon étrange y était aussi évaché. Il se donnait un air de dur à cuire avec son coat en cuir garni de studs et ses percings, mais son visage rond et son regard enfantin le trahissaient. Il devait avoir environ 12 ans. Je lui ai demandé à quelle heure le centre ouvrait. Il m’a répondu gentiment en m’expliquant que si je voulais parler à la responsable, elle était présente et je n’avais qu’à cogner fort. Un peu timide, j’allais quitter, me disant que je reviendrais lors des heures d’ouverture, lorsqu’il m’a pris le bras et m’a dirigée devant la porte. Il a cogné 4 grands coups sur la porte. « Reste là », il m’a dit, « Il y a une caméra, ils vont voir que ce n’est pas moi.» La femme est venue m’ouvrir et j’ai pu avoir mon entrevue. En quittant, il était toujours évaché près de la porte. Je l’ai remercié en lui disant qu’il avait fait ma journée. C’est un « Ouin » blasé que j’ai eu comme réponse, mais j’ai bien vu que mon intention lui paraissait étrange et le rendait heureux.

Bientôt, je signerai mon bail à nouveau, dans Hochelaga.
Oui là! On aime HoMa!
RépondreSupprimerBon post Marie.
Martine