Il n’y a pas 100 millions de façon de rencontrer des gens. Il y en a environ la moitié moins pour rencontrer des hommes. On coupe encore les possibilités lorsqu’il est question d’un beau et bon gars et à nouveau lorsqu’on désire construire une relation stable. Si on élimine les machos, les narcissiques, les dépendants affectifs, les mous et ceux qui résident à plus de 100 km à la ronde, les probabilités sont quasiment réduites à néant. Encore faut-il tomber sur ceux qui restent. Malheureusement, avoir toute notre tête, tous nos membres, être relativement bien proportionnée et apte à enligner 2 mots pour en tirer un sens n’améliorent en rien les chances de trouver celui qui fera vibrer son cœur.
J’ai tout de même décidé d’augmenter les miennes. Malgré mes aversions profondes pour l’informatique et mes préjugés sur les réseaux de rencontres, j’ai succombé. J’ai tenté Réseau Contact. J’avais rien à perdre. Au pire, j’allais pouvoir narguer les loosers d’Occupation Double. Le principe est simple : tu te fais un profil, ajoute une photo, reçois des messages, réponds et rencontres. Après, tu flushes ou tu gardes. C’est comme faire du recrutement pour une job, sauf que tu passes autant en entrevue que celui que tu interroges. J’ai commencé par me faire un faux profile pour analyser la marchandise. Si jamais mes préjugés s’avéraient vrais et que les hommes s’affichant sur le site n’étaient que des geeks à lunettes amateurs de War Craft, je n’aurai pas à assumer la honte d’avoir ma face affichée sur le web. C’est sous le nom que Nathalie, une jeune femme en bikini de 25 ans, 6 pieds et 36 C selon la photo choisie sur le net, qu’à ma grande surprise, j’ai du admettre que le menu pouvait être intéressant…
J’ai donc poursuivi par un réel profil. Demeurée timide, j’ai préféré rester brève et prude, mais honnête. Une liste de défauts et d’intérêts : parfait, comme ça le gars pourra savoir à quoi s’attendre. J’ai accompagné le tout d’une simple photo affichant mon nez, ma langue et une grosse paire de lunettes fumées. Au moins, ça a le mérite d’être réellement moi. C’est là que j’ai compris que j’avais un beau nez, parce que j’ai été bombardée de messages me disant : «Tu es mignonne», «Tu as des beaux yeux.» (Je rappelle que je portais des lunettes fumées) et «Wow! Photogénique!». J’ai aussi réalisé que mes défauts pouvaient être charmants parce qu’on m’a écrit : « On partage des intérêts communs.», « Tu as une belle personnalité.», et «crime, t’as l’air d’une fille trippante!». J’ai rapidement deleté ceux qui contenaient : « Je veux une aventure avec toi.» ou « Je suis un homme de 46 ans, d’expérience et bien membré.» J’ai regardé le profile des autres, répondu à ceux qui étaient cutes et qui semblaient aimer le plein air, la cuisine et le sport.
Après le partage de quelques messages préfabriqués (étant donné qu’il n’était pas question que je débourse pour envoyer un vrai message), on chatte. Pis comme je ne suis pas réellement friande de l’informatique, on chatte pas longtemps, pis on rencontre. C’est à ce moment que j’ai compris que plein air pouvait aussi signifier prendre une marche pour se rendre au métro, et qu’aimer la cuisine, c’est surtout déguster les plats cuisinés par sa mère, sa blonde ou le snack d'à côté. J’ai aussi compris qu’être à la maitrise n’implique pas nécessairement de bénéficier de vocabulaire ou d’aptitudes sociales impliquant de lire le langage non-verbal d’une fille qui s’emmerde solide. J'ai réalisé qu’un homme de 36 ans peut sembler en avoir 14 lorsqu’il est temps de jaser avec une fille qui a d’autres intérêts que le Fille d’aujourd’hui ou la pose d’ongles. Et j'ai observé que la frontière entre la passion et l’obsession est parfois mince lorsqu’on parle de loisir.
Ensuite, je suis devenue plus sélective et mes rencontres sont devenues intéressantes. Nous sommes allés prendre une bière et après 20 minutes, j’ai réalisé qu’on y était toujours et que j’avais envie de rester. La conversation s’est fait naturellement. Quelques rires pouvaient même se faire entendre. Peut-être n’était-il pas celui que j’attendais, mais du moins, le moment était agréable. On s’est promis de se rappeler, pour une seconde soirée de simplicité sans flammèche.
Puis, je me suis lassée. Pourtant, j’étais loin de m’emmerder. C’est tout de même divertissant de rencontrer des inconnus et de se donner le droit de manquer de tact, d’être vulgaire ou malpolie si jamais ils s’avèrent à être des bozos d’excellence. Vice versa, ce peut être agréable de converser avec une personne qui en connaît plus que soi sur un sujet captivant. Malgré tout, je m’étais inscrite pour rencontrer l’amour. Des amis j’en avais déjà en masse et ils avaient fait leurs preuves. J’avais perdu espoir de le trouver lorsque j’ai décidé de me désinscrire du réseau. Je suis tout de même allée voir mes messages une dernière fois, juste pour voir. J'ai regardé un peu plus longtemps que prévu. «Pourquoi pas un dernier?» Son message était touchant, comique, le gars était cute. J’ai oublié pourquoi je m’étais connecté à internet, je lui ai répondu. Moi qui me disait célibataire rigide et endurcie, indépendante et fière de l’être. Mon corps souriait à l'idée que c’était peut-être lui. Un sourire incontrôlable à la lecture de son nom sur mon cellulaire. Mes yeux se rivaient sur sa bouche lorsqu’il parlait. Mes toiles étaient devenues au combien plus inspirées...
Les circonstances ont fait qu’on n’a pas pu se revoir pour un moment. Dommage, sincèrement. J’ai douté, espéré pendant un instant. Je dois mettre mes énergies ailleurs que la vie m’a dit. Ça me désole : ce n’est pas parce qu’on veut et qu’on cherche que c’est possible. Mais je me console : la frigidité, par sa solidité, demeure cassable et moi j’avais réussi à la briser.
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