mercredi 10 mars 2010

Le printemps

Je me suis réveillée au chant des oiseaux ce matin… Puis, je me suis levée du pied gauche. Qui a dit que c’était plaisant le printemps? Dites-le-moi, parce que je vous jure que je leur aurais cloué le bec à ces foutus pinsons! Et le soleil qui se lève plus tôt, rien pour m’aider à dormir. Une journée bien commencée comme on dit.

Je suis sortie de mon lit pour réaliser que Bâ, mon chat qui louche, était sagement couché en boule sur mon pyjama. Comme le poil de chat et le satin font apparemment bon mélange, j’allais probablement avoir l’air d’un ours polaire si j’enfilais mon kimono. Il est resté sur le sol et j’ai choisi mon jeans.

CRAC! « Criss! » Certains diront que mon jeans était prédéchiré, mais l’objectif était d’avoir l’air relaxe, pas d’une junkie finie. Mon gros orteil venait de gâcher mon look, mais étant donné que ce jean était le seul que j’avais dans mes bagages, je n’avais pas le choix. J’allais devoir endurer le commentaire paternel pendant le déjeuner. En plus, j’ai eu toute la misère du monde à attacher le fameux pantalon. Je me sentais comme une ado de 14 ans qui essaie de se faire croire qu’elle porte du zéro, alors qu’elle est de taille 5 ou 7. Seulement moi, c’était la période du mois qui me donnait l’air enceinte. J’ai tout de même réussi et caché mon inconfort par un chandail long.

Je suis descendue. «T’as pas des prêts et bourses toi?» Ça, c’était son commentaire pour me dire que j’avais l’air d’une paumée dans mon jean. J’ai ouvert le garde mangé, me suis servi un bol de granola, tranché la demi-banane qui restait. Il ne me manquait plus que le yogourt. J’ai ouvert le frigo. Pas de yogourt, ni de lait à l’horizon. J’ai mangé mes céréales sèches.

Ensuite, je me suis mise à l’ouvrage. J’ai essayé de me télécharger N-Vivo : un logiciel statistique pour l’analyse de verbatim nécessaire pour un travail de méthodologie qualitative. Hummmmm, la métho! Quelle matière passionnante! J’ai tenté le download une fois : ratée. 2e fois : échec à nouveau. Pourquoi tout le monde me vantait les mille et un mérites des MAC s’il n’existe aucun logiciel compatible? Cette boîte blanche m’a couté près de 1500$ au mois de septembre. Il n’y a pas moyen qu’elle fonctionne dans le sens du monde? Le proverbe «Jamais deux sans trois.» ne m’aura certainement pas à matin. Aussi bien se remonter le moral.

J’ai décidé d’aller m’acheter un nouveau jean pour remplacer celui que je venais de scraper. Je me rends chez Simons, le meilleur ami d’une fille en peine. J’essaie tous les jeans sur place. Les délavés, les nets, les pastels, les déchirés, les skinnys…J’ai même essayé des jeans avec des studs, moi qui suis tout sauf gothique. Mais aucun ne pouvait habiller la paire de courtes jambes que mes parents ont décidés de me léguer à ma naissance. J’ai vo

ulu me consoler avec une robe. Pas de besoin de jeans, vivent les leggings! Lorsqu’est venu le temps de payer : «Votre carte Visa ne fonctionne pas. Vous voulez payer d’une autre façon?» C’est à ce moment-là que les larmes me sont montées aux yeux. (Ok, on se rappelle que j’étais dans une semaine émotive. Les filles pourront me comprendre.)

J’ai senti une petite main tirer sur mon manteau. Je me suis retournée. J’ai baissé la tête et j’ai vu une fillette, apparemment trisomique. Elle m’a souri. Sa mère m’a regardé l’air gêné et prêt à retirer la main de sa fille de ma canadienne. Je lui ai fait savoir que ce n’était pas nécessaire et j’ai regardé la fillette à nouveau. Elle m’a demandé de m’approche

r en pliant à quelques reprises son petit index vers elle. Je me suis accroupie pour être à son niveau et elle m’a donné un bisou sur la joue en essuyant la larme qui s’écoulait toujours sur ma joue. Nul jean n’aurait pu m’accorder autant de réconfort…

Quand je suis sortie, les oiseaux chantaient. C’est plaisant le printemps, ne pensez-vous pas?

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