J’ai eu la chance de parcourir plusieurs coins de la Planète. L’Europe, l’Amérique, l’Océanie sont des terres qui me sont aujourd’hui connues. N’empêche, j’ai toujours dit que nul n’a besoin
de se rendre bien loin pour voyager. Pourtant l’escapade est, pour plusieurs, un mode de survie…

Pour le musicien, le pincement des cordes, les vibrations et les mélodies qui en émanent forment le moyen de transport. Ceux qui l’écoutent sont ses compagnons de voyage. Certains sont fidèles, d’autres changent de direction, mais c’est toujours l’artiste qui maintient le cap…
Pour le coureur, l’évasion est simultanée à l’effort. La destination n’est guère un objectif, ce sont la distance et le temps qui lui donnent des ailes. Sont esprit s’envole à la même vitesse que l’eau quitte ses pores. Ce voyage n’est rarement facile, parfois même pénible, mais la satisfaction de l’atterrissage est une ligne d’arrivée qu’il ne peut oublier.

Pour le photographe, l’image est son moyen de découverte. Derrière sa caméra, il observe le
monde d’un nouvel œil. Il choisit sa destination au même titre qu’il sélectionne sa lentille, ses objectifs, la lumière qu’il apporte. Le temps n’est pas une frontière, il aura toujours le pouvoir de revenir en arrière. Si les pellicules sont ses souvenirs, il en modifie les contrastes, les effets et les dimensions jusqu’à ce que son voyage corresponde exactement à ses attentes initiales.
Pour les amoureux, l’évasion relève de l’instant présent, lorsqu’ils éloignent les histoires passées, les préoccupations d’avenir et les chicanes passagères. C’est ainsi que le dôme douillet des couvertes de leur lit les enveloppe dans une toute autre planète, la leur, et que leur périple peut débuter.
Chacun trouve son issue, la porte qu’il a besoin pour partir. La mienne change de forme, de couleur, de grandeur. Fréquemment, son grincement rappelle les sons de mes artistes favoris. Parfois, elle s’ouvre aussi vite que celle du coureur. Plus souvent, elle est aussi éternelle que celle du photographe. Tantôt, d’une couleur qui tire sur le rouge. Aussi étrange et égoïste que cela puisse paraître, ces derniers temps, l’évasion ne m’est parue satisfaisante que lorsque cette porte s’ouvrait sur un miroir. En effet, car le voyage n’est plus pour moi une façon de m’évader, mais de me retrouver. Si l’Espagne m’a appris à m’écouter, mon issue se loge dans l’évitement d’une routine qui me fermerait les yeux sur le monde, mon monde…
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