aussi. En marchant, Karine pense à haute voix : « Wow, elle était vraiment belle, vraiment femme! On aurait dit la fille dans Sex and the city. » De son côté, Jasmine semble approuver d’un signe de tête, les yeux grands ouverts. Personnellement, le seul commentaire qui me vient en tête est : « Ouin, perchée sur ses talons de 4 mètres de haut et peinturée de son sourire de clown rouge digne des pubs de Covergirl, elle peut être la Barbie de tous les Kens de la planète, pour moi, elle garde la face de la voisine d’à côté.» Bon étant consciente de l’acidité de ma réflexion, ma réelle réponse, quoique censurée, m’a parue beaucoup plus adaptée : « Ben, moi je la trouve pas féminine.»Cette histoire peut paraître a priori banale, mais elle sous-tend tout de même un débat d’envergure. Qu’est-ce que la féminité?Il est vrai que ma définition de la féminité ne cadre pas dans le portrait de la femme telle que présentée dans les médias. Pourtant, je ne peux dire qu’elle s’en écarte totalement non plus. Je crois seulement que, contrairement à la croyance populaire, il est impossible de concevoir la féminité en un portrait physique unique.
Ma sœur, par exemple, a 16 ans, l’air de 23. Elle est grande, de posture droite, et porte des courbes riches qu’elle sait mettre en valeurs.Elle a des yeux bruns noisette et des cils longs,ne nécessitant aucun mascara.Ses longs cheveux sont bouclés, soyeux d’un brun presque noir. Ma sœur a un petit nez rose et de belles dents droites. Lorsqu’elle rit, ses joues portent des fossettes qui soulignent un sourire mesquin. Elle a de grands pieds, un beau 10 bien chaussé. Elle aime parfois être coquette, se parfumer et passer de longues minutes avec ses eyeliners, mais ses boxers de pyjamas et ses camisoles trop grandes resteront à jamais sont «out fit» favori. Ma sœur, loin de ressembler aux filles qui font la une du Loulou, est pourtant d’une beauté naturelle inégalée. Elle est indiscutablement la figure la plus féminine de mon entourage.
En apparence, je suis très différente de ma sœur. J’ai 23 ans, l’air de 16. Je ne suis pas très grande, le dos vouté en position assise et en ce qui concerne les formes, mes petits seins ronds ne se méritent même pas un classement alphabétique. J’ai les yeux pairs, souvent verts ; un regard franc. Mes cheveux sont longs, droits et blonds, la plupart du temps coiffés en tresse le long de mon épaule. Mon nez est couvert de taches de rousseurs et mes petites dents sont espacées en avant, sans trop, me donnent un air coquin. J’avoue être fière de mes petits pieds qui me permettent de m’offrir de beaux souliers à petits prix, chez les enfants. Par ailleurs, j’admets moi aussi avoir mes jours de coquetterie. Malgré tout, mes leggings demeurent mon premier choix lorsque les circonstances le permettent. Décidément, il faut se mettre à l’évidence, physiquement, ma sœur et moi sommes des opposées.
Suis-je pour autant moins féminine? Je ne pense pas, puisque nous sommes aussi très semblables. On dit souvent de nous que nous avons des démarches assurées, un pas fort et bien dirigé. Nous aimons défendre nos idées et ce, peu importe le prix à payer. En gardant le souhait du bonheur des nôtres, nous avons toutes deux appris que notre bien-être est prioritaire et tributaire à l’aide que nous pouvons apporter à notre entourage. Je n’ai pas la prétention de penser que je peux plaire à tout le monde et elle non plus, mais nous aimons nous plier au jeu de la séduction, car nous sommes des filles de défis. Parfois, nos hormones nous en font voir de toutes les couleurs et vivre des montagnes russes émotives importantes. Nous rions pour rien, nous sommes bitches et aimons cela. Bref, des filles normales.
À bien y penser, mes idées deviennent claires. Je crois définitivement la féminité est en soi une attitude, une façon d’être dans le Monde et se perçoit dans une énergie, un regard ou dans une façon de se présenter. Je crois que chaque femme recèle une féminité unique qui se veut d’être dévoilée. Si ma sœur et moi dégageons une féminité assurante, exubérante et caractérielle, pour d’autres, elle peut se faire plus discrète ou tempérée. En d’autres termes, la féminité ne peut se compromettre au masque d’un moule formé par la société. L’important est qu’elle soit assumée et authentique, sans quoi elle ne devient que superficielle et nulle de sens. C'est une histoire de courbes, les courbes de la femme, de corps et d'esprit.
Mon discours est loin d’être féministe, mais identitaire. Si le féminisme avait pour but l’égalité des sexes en termes de pouvoirs et de liberté, je fais aujourd’hui la promotion de la beauté de nos divergences. En effet, car même si le sexe nous distingue des hommes, ce n’est pas ce qui fait de nous des femmes. Je suis femme de corps et d’esprit. Ma sensibilité est maternelle et ma force est dépourvue de virilité. Je suis également femme unique puisque j’en suis consciente. Je me distingue des autres par les courbes d’une féminité qui m’est propre. J’entends par courbes, les fluctuations dans ma façon d’exprimer cette féminité. Ainsi, je souhaite à toute femme de prendre conscience de sa richesse et d’arborer ses différences, car là est le pouvoir de séduction. Les hommes seront éblouis par votre confiance et les femmes par votre conscience. Après tout, sincèrement, j’ose espérer qu’un jour, je trouverai le Ken qui me pensera Barbie, même avec mes jours de leggings et mon caractère de truck.











