
Vous connaissez surement une personne qui panique lorsqu’elle a oublié son cellulaire. Le genre qui se présente à tous les évènements facebook auxquels elle n’est pas conviée pour se faire des nouveaux amis. Tsé, l’individu qui a tellement peur d’être tout seul qu’il se colle à n’importe qui le temps d’une sortie. Le même mec qui, par la suite, snobe le solitaire de la table d’à côté en le disant «sooooooooooooo looser» pour se croire populaire. Avouez que vous avez tous un prénom qui vous résonne en tête en ce moment!
Stiiiiiiiiiiiii que ça gosse le monde de même! Perso, je les appelle les brûlots, comme l’insecte. Ils se faufilent partout, même aux endroits les plus privés. Ils sont actifs de jours, comme de nuit et viennent mordre dans notre énergie. Quand ils partent, ils laissent une trace qui nous irrite pendant longtemps.
Je chiale comme ça, mais je pense qu’on passe tous par une période brûlot. Cela s’appelle L’ADOLESCENCE. C’est vrai, les ados sont programmés pour aspirer à devenir des copies conformes de leurs amis colériques aux idées aussi utopistes qu’arrêtées. Cela dure jusqu’à ce que quelqu’un de la gang se tanne et fasse son chemin, mais on peut les regarder papillonner longtemps avant que ça arrive.
Outre cette période caractérisée par les clichés, j’ai moi-même longtemps eu BESOIN de mes amis pour me sentir vivante. Besoin d’Androu pour réaliser à quel point je suis zen. Besoin de Charp pour me montrer que je suis une fille de confiance. Besoin de Nic pour rappeler que je suis émotive et de Cloé pour me montrer rationnelle. J’espérais que les opinions de chacun d’eux dessinent un jour mon portrait, comme dans un miroir. Une œuvre intemporelle que j’aurais pu garder en pensant que je détenais enfin la vérité. Sans mes amis, je m’activais anxieusement pour finalement devenir la fille qui fait des mots croisés, la fille qui s’entraine, la fille qui étudie, la fille qui cuisine, … Pendant ce temps, Marie était comme l’eau : limpide, inodore, incolore. Je suivais le courant sans avoir de caractéristique qui me soit propre. J’empruntais celles des autres, en passant.
Bien que j’aie été brûlot, je ne suis certainement pas la seule. Je crois même qu’il s’agit d’un phénomène plutôt répandu, simplement à intensités différentes. C’est vrai, vous ne trouvez pas qu’il y a un je-ne-sais-quoi de malsain dans les relations de nos jours? La meilleure situation pour vous le prouver est celle du party pour lequel vous êtes l’hôte. Vous connaissez assurément tout le monde, mais ce n’est pas le cas de tous, alors vous devez faire les présentations : « Voici, Félix, mon ami de la job, Andrew, mon partenaire de danse, Cath, ma coloc...» et cette énumération perdure jusqu’à ce que tous soient nommés. Pourquoi ne pouvons-nous s’empêcher de juxtaposer un qualificatif qui nous appartient au prénom de nos amis? Certains dirons que c’est normal qu’on nomme la relation qui nous relie, mais pourquoi? Inconsciemment, on ne fait que délimiter notre territoire. La personne à qui on s’adresse saura pertinemment que vous être l’ami de la job de l’un, le partenaire de danse de l’autre, la coloc de la chiks rousse et que ce poste est comblé. Ainsi, Narcisse assure ses arrières et les autres peuvent fraterniser sans qu’il se sente menacé.
Si un brûlot se regarde dans le miroir, il ne voit que le brûlot. Le reflet des autres éléments de la pièce lui passent inaperçus. Il ne remarque pas non plus le cadre autour de son image. Celui qui lui rappellerait à quel point le miroir est un objet révolutionnaire. Non, il ne voit qu’un brûlot.
Pour apprendre à apprécier le miroir, le brûlot doit se connaître. Se connaître suffisamment pour ne plus avoir besoin de cette image que le miroir lui projette. Ainsi, pourrait-il admirer la beauté de l’amitié?







