dimanche 26 juin 2011

Les brûlots


Vous connaissez surement une personne qui panique lorsqu’elle a oublié son cellulaire. Le genre qui se présente à tous les évènements facebook auxquels elle n’est pas conviée pour se faire des nouveaux amis. Tsé, l’individu qui a tellement peur d’être tout seul qu’il se colle à n’importe qui le temps d’une sortie. Le même mec qui, par la suite, snobe le solitaire de la table d’à côté en le disant «sooooooooooooo looser» pour se croire populaire. Avouez que vous avez tous un prénom qui vous résonne en tête en ce moment!

Stiiiiiiiiiiiii que ça gosse le monde de même! Perso, je les appelle les brûlots, comme l’insecte. Ils se faufilent partout, même aux endroits les plus privés. Ils sont actifs de jours, comme de nuit et viennent mordre dans notre énergie. Quand ils partent, ils laissent une trace qui nous irrite pendant longtemps.

Je chiale comme ça, mais je pense qu’on passe tous par une période brûlot. Cela s’appelle L’ADOLESCENCE. C’est vrai, les ados sont programmés pour aspirer à devenir des copies conformes de leurs amis colériques aux idées aussi utopistes qu’arrêtées. Cela dure jusqu’à ce que quelqu’un de la gang se tanne et fasse son chemin, mais on peut les regarder papillonner longtemps avant que ça arrive.

Outre cette période caractérisée par les clichés, j’ai moi-même longtemps eu BESOIN de mes amis pour me sentir vivante. Besoin d’Androu pour réaliser à quel point je suis zen. Besoin de Charp pour me montrer que je suis une fille de confiance. Besoin de Nic pour rappeler que je suis émotive et de Cloé pour me montrer rationnelle. J’espérais que les opinions de chacun d’eux dessinent un jour mon portrait, comme dans un miroir. Une œuvre intemporelle que j’aurais pu garder en pensant que je détenais enfin la vérité. Sans mes amis, je m’activais anxieusement pour finalement devenir la fille qui fait des mots croisés, la fille qui s’entraine, la fille qui étudie, la fille qui cuisine, … Pendant ce temps, Marie était comme l’eau : limpide, inodore, incolore. Je suivais le courant sans avoir de caractéristique qui me soit propre. J’empruntais celles des autres, en passant.

Bien que j’aie été brûlot, je ne suis certainement pas la seule. Je crois même qu’il s’agit d’un phénomène plutôt répandu, simplement à intensités différentes. C’est vrai, vous ne trouvez pas qu’il y a un je-ne-sais-quoi de malsain dans les relations de nos jours? La meilleure situation pour vous le prouver est celle du party pour lequel vous êtes l’hôte. Vous connaissez assurément tout le monde, mais ce n’est pas le cas de tous, alors vous devez faire les présentations : « Voici, Félix, mon ami de la job, Andrew, mon partenaire de danse, Cath, ma coloc...» et cette énumération perdure jusqu’à ce que tous soient nommés. Pourquoi ne pouvons-nous s’empêcher de juxtaposer un qualificatif qui nous appartient au prénom de nos amis? Certains dirons que c’est normal qu’on nomme la relation qui nous relie, mais pourquoi? Inconsciemment, on ne fait que délimiter notre territoire. La personne à qui on s’adresse saura pertinemment que vous être l’ami de la job de l’un, le partenaire de danse de l’autre, la coloc de la chiks rousse et que ce poste est comblé. Ainsi, Narcisse assure ses arrières et les autres peuvent fraterniser sans qu’il se sente menacé.

Si un brûlot se regarde dans le miroir, il ne voit que le brûlot. Le reflet des autres éléments de la pièce lui passent inaperçus. Il ne remarque pas non plus le cadre autour de son image. Celui qui lui rappellerait à quel point le miroir est un objet révolutionnaire. Non, il ne voit qu’un brûlot.

Pour apprendre à apprécier le miroir, le brûlot doit se connaître. Se connaître suffisamment pour ne plus avoir besoin de cette image que le miroir lui projette. Ainsi, pourrait-il admirer la beauté de l’amitié?

vendredi 3 juin 2011

Le jour de la marmotte




Le soleil s’est déjà endormi. Le marchand de sable a fini sa tournée. Ma tête est lourde, mon cœur léger. Je suis nue sous les draps…

Entre les bruits de la promenade Ontario et un rêve rose bonbon, des toctocs souriant raisonnent à mes oreilles. La tête encore à l’envol, je me retourne et t’aperçois à ma fenêtre. Je suis là. Toi aussi. Je ne t’attendais pas. Sacré Roméo! Tu ne peux t’empêcher de grimper sur mon balcon pour décrocher la lune et l’allumer dans mon 5 et demie.

Tu te glisses dans ma chambre. L’air espiègle, tu te frais un chemin sous la couette. Tu échappes des baisers de mes chevilles à ma nuque, comme si tu faisais un mauvais coup. Mes doigts se faufilent dans le roux de tes cheveux. Gamin, ce que tu m’as manqué! J’entrevois le vert de tes yeux qui m’épient l’air de dire : mais qu’est-ce que t’attends?… Tu me donnes ta bouche et je te rends la mienne : un bonjour silencieux. On s’étourdit dans la literie. Ton corps contre le mien est encore trop loin. Tu détaches mes cheveux. Mon cœur s’agite, mais c’est le tien qui donne le rythme. Je perds la tête. Je nous sens si forts, mais moi si frêle. Tes mains créent mes frissons. J’ai peur. Je tremble. Un regard rassurant, un soupir. On s’abandonne les yeux grands ouverts.

Sous le sourire de la lune, le temps s’est arrêté. Ta Capri carreautée, ton chandail rouge et tes souliers verts restent confortables sur la franchise du bois. Ça fait un bout qu’on s’est jasé. Tu me racontes tes songeries. Tu veux te rendre à Figi en voilier, construire des écoles à Cuba, pédaler le Portugal… T’es fou, mais je trouve ça sexy. Je remarque que tes yeux commencent à brider. Une trace de sagesse, ça, c’est le pied! Ha! Ha! Ha! On devient crampés et ça vire en guerre d’oreillers. 1-2-3 K.O. Tu me rends un dernier baiser en me tenant encore les poignets. Un peu essoufflée, ma tête se cache dans ton coup. On ferme les yeux sur la rosée. On prétend que le sablier ne s’est pas vidé… Je m’endors pendant que tu caresses mes cheveux encore ébouriffés.

Le soleil est de retour, mais j’ai froid. J’étends le bras comme j’avais perdu l’habitude de le faire. Tu n’es plus là. Seul le coup de vent qu’a laissé la porte en fermant hante encore l’écho de la pièce. Je souris, sachant que la Lune finit toujours par revenir. C’est ainsi depuis des saisons.

Hier…

Tu es arrivé avant que le soleil ne soit fatigué. Je n’étais pas couchée, j’étais partie trotter. Tu as monté les marches une à une avant de cogner à la porte d’entrée. Ma coloc t’a répondu nue, sous les draps de bain. Un malaise qui a claqué la porte… Un peu coupable, ma coloc se repentit au téléphone. Je dévale Pi-IX à vive allure. En haut des escaliers, toi, tu n’y étais plus. Tant mieux, j’aurai le temps de me faire coquette. J’ai choisi la robe brune, celle qui te fait embraquer. Un peu de mascara, mais pas trop, je savais que tu n’aimais pas ça… Ce soir-là, je t’ai attendu. Je t’ai attendu sur mon balcon jusqu’à ce que le soleil s’endorme. Mais qu’est-ce que j’attends?… J’ai compris que la Lune n’y serait pas.

Ce matin…

Il fait sombre et j’ai froid. J’ai le cœur dans la flotte. J’étends le bras. Ce n’est pas mon lit, mais il y a quelqu’un. Je vérifie, mais ce n’est pas toi. Mes jeans et mon t-shirt gisent sur le sol. Les effluves éthyliques de cette rencontre insipide rodent encore. Le souvenir de fastidieux ébats dérivatifs me donne un haut-le-cœur. Il faut que je décrisse!

Maintenant…

Le jour de la marmotte a fait son temps. Je crois que la bestiole avait besoin de lunettes. Tu les lui as remises sans même t’en rendre compte. Du pied gauche, elle est sortie de son terrier. De toute façon, elle ne se reconnaît plus à attendre la chaleur, enfermée. Aujourd’hui, son ombre la suit. Bien que cette tache soit effrayante, la marmotte la trouve plutôt jolie.

lundi 6 décembre 2010

Visite chez le docteur

Docteur, ça pince dans ma gorge. Je pense que j’ai attrapé une trappe au coq. L’autre jour, à l’école, Grenouille…Ben Grenouille c’est pas son vrai nom. On l’appelle Grenouille juste parce qu’il a une grande bouche. Grenouille il avait eu la gorge qui pince, comme moi. Et bien lui c’est plus normal, parce qu' il a une grande bouche. La professeur elle dit qu’il y a plus d’air froid qui rentre. Alors, comme ça, Grenouille il a attrapé la trappe au coq. Il n’est pas venu à l’école pendant trois jours parce qu’il ne fallait pas qu’on l’attrape nous aussi. Et bien, moi je pense qu’il est revenu trop tôt Grenouille, parce qu’il me l’a lancée et maintenant c’est moi qui l’a attrapée la trappe au coq. Pourtant, je jure que ma gorge a pas eu trop froid.

Docteur, est-ce que ça se peut qu’on lance la trappe au coq par le téléphone? L’autre jour, j’ai parlé à maman. Elle était loin, elle était pas là. Elle était malade, elle aussi, maman. Je l’avais deviné avant qu’elle me le dise, parce que sa voix était pas pareille. Quand elle a chanté ma berceuse, j’ai vu que sa gorge avait froid parce qu’elle grelottait. Elle tremblait sa voix à maman. C’est comme ça que j’ai su qu’elle était malade maman. Pis tout de suite après ben ma gorge à moi aussi a eu froid. Pis, elle gelait aussi ma voix. Je ne pouvais plus parler, j’ai eu une tension de voix. Je pense que c’est comme ça que maman m’a lancé la trappe au coq. J’aimerais ça que tu me donnes ton remède. Moi j’aime mieux quand le coq il chante que quand il ferme sa trappe. Je pourrais te donner le téléphone de maman aussi. Tu pourrais lui donner le remède à elle aussi. Comme ça, elle pourrait me chanter une berceuse pour m’endormir. T’inquiète pas, elle n’est plus contagieuse. Ça fait 4 jours maintenant.

L’autre jour, je jouais à la grande personne avec les amis. Quand on joue à la grande personne, on n’est pas vraiment plus grand. C’est comme nous, mais qui faisons des choses de grands. Tu sais, comme quand on marche vite sur le trottoir pis qu’on se rente dedans sans s’excuser. Où, comme quand on écrit longtemps sur une feuille, mais sans la voir, parce qu’on regarde quelqu’un d’autre qui parle devant un tableau. Ça fait mal à la main écrire longtemps sans regarder. Elles ont compris ça les grandes personnes. C’est pour ça qu’elles ont des porte-tables. Nous, on en a pas des porte-tables, parce que c’est pour les grandes personnes. Alors ont fait semblant. On bouge nos doigts vite, vite, comme sur un piano, mais sans musique. C’est compliqué jouer aux grandes personnes. Les enfants, nous on est capable, parce qu’on a de l’à-venir. On a encore des choses qui viennent devant. C’est pour ça que les grandes personnes, elles ne grandissent plus, elles ont de l’ex-errance. Ça, ça veut dire qu’elles ont déjà avancé, mais qu’elles sont arrêtées. Moi, quand je vais être grande pour vrai, pis que je vais avoir un métier, je vais devenir une géante. Je le sais parce que ma maman me l’a déjà dit. Elle m’a dit que je voyais trop grand. Trop grand, c’est géant ça. Elle a aussi dit que j’étais gérante des fois. Moi, je trouve que ça se ressemble. Ma maman elle a attrapé la trappe au coq. C’est pour ça que sa voix a une tension. Si, sa vois était pas gelée à ma maman, elle me dirait que j’ai de l’espérance pis que c’est pour ça que je vais être géante quand je vais être grande.

Alors, quand je jouais à la grande personne, je trouvais ça difficile. Tsé, c’était ma première fois. Ma maman à moi, elle est pas grande, elle mesure pas 5 pieds. Elle ne porte pas de talons hauts en plus ma maman. Alors, c’est encore plus difficile. J’ai voulu le dire à Ritalin. Ritalin c’est pas son vrai nom. C’est juste qu’il a une tempête en dedans pis ça fait des dégâts. Dans ce temps, là, tout le monde se met à l’abris. Pis c’est pour ça que la professeur lui dit tout le temps : «As-tu pris ton Ritalin?». Faque, on l’appelle Ritalin la tempête. J’ai voulu lui dire à Ritalin que je trouvais ça difficile de jouer à la grande personne. Comme j’ai la trappe au coq que maman m’a lancée, ben ma gorge a gelée et j’ai eu une tension de voix moi aussi. Pis la, j’ai pas parlé. Mais là, la tempête avait pas pris son Ritalin, pis moi j’ai pas eu le temps de me mettre à l’abri. Alors, j’ai senti un gros déluge en dedans. Comme une grosse pluie. Maman m’a toujours dit que la pluie, c’était pas bon pour le pincement de gorge. Mais elle était trop grosse la tempête, alors les gouttes ont sortis de mes yeux. J’ai du courir en dehors pour me protéger de la tempête. Mais la pluie est restée quand même dans mes yeux. J’ai eu un gros lac sur mes joues, pis ça m’a gênée. C’est difficile de jouer à la grande personne quand t’as pas de talons hauts. Ça fait des rivières dans mes yeux.

Docteur, je pense que mes yeux sont croches. Les amis disent que je vois de travers, mais moi, je comprends pas. Quand je regarde dans le miroir, mes yeux sont droits. C’est quand ils regardent les autres qu’ils sont croches, ils disent mes amis. J’essaie de tourner la tête, comme ça mes yeux vont être droits, mais mes amis disent que non. Ils pensent pas comme ma mère. Mes amis disent que je n’ai plus d’espérance, que je suis dé-espérée. Moi, je pense pas. De toute façon, je veux pas être une grande personne comme eux. Ça donne mal aux mains écrire longtemps. Je pense que c’est possible d’avoir un porte-table sans foncer dans les gens. De toute façon, je vais être une géante.

Docteur, j’ai sommeil. C’est quand que tu vas enlever la trappe au coq de maman? J’aimerais bien que sa voix perde sa tension et qu’elle soit chaude pour me chanter ma berceuse.

lundi 22 novembre 2010

La musique, mon thérapeute...

Je suis nue dans mon lit et je n’ai même pas envie de me toucher. J’écoute Karkwa :

« Marie tu pleures, pour rien.

Marie ton cœur, reviens! Marie, tu peux sortir.

T’as traversé le pire.

Même si il grêle au milieu de juillet, même si tu mêle, tes cheveux défaits.

Marie, tu pleures pour rien.»

Je suis nue dans mon lit Queen. Y’a personne à mes côtés. Personne pour me toucher. L’amour c’est de la marde. J’écoute Bernard Adamus en me disant que quelqu’un est de mon avis : l’amour c’est vraiment de la marde!

« Brun, la couleur de l’amour! Brun, la couleur de l’amour!»


Je suis dans mon lit Queen. Je me trouve niaiseuse d’être piteuse. Je pense aux gens qui m’aiment. Je pense à mon meilleur ami. Lui qui est toujours là. J’écoute Cold Play.

«When you try your best but you don’t succeed.

When you get what you want but not what you need.

When you feel so tired but you can’t sleep.

Stuck in reverse.

And the tears come streaming down your face.

When you loose something you can’t replace.

When you love someone but it goes to waste, could it be worst?

Lights will guide you home.

And ignite your bones.

And I will try to fix you»

Je me trouve niaiseuse, pis je pense à mon ex. Même si je ne l’aime plus. J’aimerais qu’il me dise les bons mots. J’écoute Vincent Vallière :

« Je me sens tout mélangée.

Messemble que tout ça m’ressemble pas.

Messemble que tout ça M’ressemble pas, j’aurais besoin toé de c’temps là.

Je suis tout essoufflée.

Je cours après je sais pu quoi.

Je cours après je sais pu quoi, j’aimerais ça que tu m’sers dans tes bras.

Dis moi donc que j’pas tout seul.

Dis moé qu’ça sert à rien que j’en veule à tout l’monde autour de moé.

Dis moé dont que tu m’comprends.

Dis moé qu’au bout, ya le printemps, que tout va s’arranger.»


Je pense à mon ex, pis ça me fait tout drôle. Comme si seulement lui pouvait me faire du bien. Ne serait-ce que pour faire du bien, il sait comment s’y prendre lui. J’écoute Camille.

«Je sais, Je sais, Je sais que les ex sexes c’est sexys!

Je sais, Je sais, Je sais que les ex sexes c’est sexys!

Les ex c’est comme un expresso ça se boit vite ça se boit chaud

c’est pas comme l’amour impossible. Les ex c’est toujours accessibles.

Seuls ustensiles : un bout de latex, un coup de fil et un duplexe,

ya plus besoin de mode d’emploi. On a déjà fait ça X fois.

Oui je sais, je sais, je sais que les ex sexes c’est sexys. »


Ça me fait tout drôle. Je pense au sexe, à une vieille histoire. Je pense à des histoires tordues Je trouve ça drôle. J’écoute Boris Vian.

« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny. Envoie-moi au ciel! Zoum!

Fais-moi mal Johnny, Johnny, Johnny, Moi j’aime l’amour qui fait boum!

Tu me fais mal! Johnny, Johnny, Johnny, pas avec les pieds, non!!

Tu me fais mal Johnny, Johnny, Johnny, j’aime pas l’amour qui fait boum!»


Je pense au sexe, pis je pense à un mec à qui j’aurais longtemps voulu faire l’amour. Je chante Damien Rice à tue tête.

« FUCK YOU, FUCK YOU AND ALL WE’VE BEEN THROUGH,

I SAID LEAVE ME LEAVE LEAVE, THERE NOTHING HERE,

I SAY HATE ME, HATE ME, HATE ME SO GOOD

THAT YOU COULD LET ME OUT LET ME OUT, LET ME OUT,

IT’S HELL WHEN YOUR AROUND»


Je pense à un mec à qui j’aurais longtemps voulu faire l’amour, pis je pense au lendemain. Aujourd’hui, je lui dirais probablement dit comme Dumas.

«Rhabilles-toi ya plus personne.

Ferme tes yeux qui me questionnent.

Je vais vider les cendriers.

Rhabilles-toi ya plus personne.

J’te ferai signe quand j’trouverai ma vérité.

Rien ne sert de m’appeler il n’y a plus personne,

j’ai coupé le téléphone.»


Je pense au lendemain. Je pense à ma recherche. À mon article à remettre dans deux jours. Je pense à ma fin de session. Je pense à acheter mes cadeaux de Noel. Je pense à mon travail d’équipe que je viens de remettre. Je pense au lavage. Je pense…Je pense…Je pense …je ne pense plus. Je m’arrête. J’écoute Xavier Rudd.

« Silence, beating down.

Silence, All around.

And I’m peacefull, at least for now.

This is peacefullness that won’t be shared

it’s time for the spirit, it’s time unspent.

This is peacefullness that won’t be shared, it’s time alone»

Je m’arrête et je me dis que je suis bien. Je suis bien nue dans mon grand lit Queen. Je me dis que la musique est thérapeutique. J’écoute karkwa une dernière fois avant de mettre ma tête sur l’oreiller et allumer une étoile au pied de mon lit…

« Y avait l’hiver. Y avait le froid qui me tuait,

mais là c’est plus important.

Y avait le temps. Y avait les âges qui défilaient,

mais là je m’en fou vraiment.

C’est un passage obligé, un long couloir obligé, entre moi et moi-léger.

C’est une chanson de lumière. L’étape après la misère. L’émotion d’un courant d’air…»

...

dimanche 26 septembre 2010

Nostalgie

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

J’ai rencontré mon meilleur pot quand j’avais 14 ans et encore ma naïveté d’enfant. On a grandi côte à côte en se serrant les coudes. On se racontait nos rires et nos peurs le temps de partager un pops à l’orange. Il ne parlait pas beaucoup à l’époque, c’était plutôt lui qui m’écoutait parler de mes blessures d’adolescente, de mes histoires de coeur. Lui était plus discret et c’était correct comme ça. Une fois par année, on profitait d’une journée de plein air, mais la plupart du temps, on écoutait de la musique sans dire un mot. Des contacts physiques, il n’y en avait pas, sinon une tape dans la main pour dire au revoir. Pis c’était correct comme ça.

Mes amis sont venus chez moi hier, le temps d’un verre. Des amis qui le sont depuis longtemps. Mon meilleur pot était là évidemment. On se rappelait nos 400 coups. Il est en couple aujourd’hui avec une femme qui fait briller ses yeux comme jamais. Il a un emploi stable et un condo qu’il partage avec elle. Hier, on les entendait même parler de chat, de chien et de bébé! On se tient toujours les coudes. Je reste là, à ses côtés. Moi, qui déménage tous les deux ans, toujours en colocation, toujours aux études. Je mène une vie de célibataire, très célibataire. Je ne passe pas mon temps à courailler, mais je n’ai de comptes à rendre à personne, même pas à un animal de compagnie à Montréal puisque ma coloc en a horreur. C’est correct comme ça. Il m’écoute parler de mes blessures de jeunes adultes, de mes projets. Des fois, je m’ennuie de ces moments dans sa voiture où l’on écoutait de la musique, sans dire un mot. Mais les choses changent, et c’est correct comme ça.

Lorsqu’il est parti, nous nous sommes donné deux becs de politesse, comme nous le faisons souvent lorsque nous sommes en groupe. Pourtant, je préfère cette tape de main qui signifie beaucoup plus pour moi. C’est comme si parce qu’on a vieilli, les choses doivent changer. Pourtant, je ne suis pas de ces personnes qui accordent de l’importance à la routine ou aux traditions. Peut-on se plaire dans la nostalgie?

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

Hier, un vieil ami, fréquentation, crève-cœur, ami à nouveau m’a écrit. Une personne qui va probablement lire ce texte avec un sourire en coin d’ailleurs. Vous connaissez le genre d’histoire où la fille tombe amoureuse du gars qui lui ne veut pas s’engager et qui s’en va. Pis c’est correct comme ça. Je m’en suis remise et aujourd’hui, je pense à lui avec un sourire en coin. Je parle de lui, parce qu’à la lecture de son message, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un petit pincement au cœur. Vous savez, ce genre de pincement qui n’a plus lieu d’être, mais qui revient en souvenir de ce que vous avez vécu. Un petit pincement éphémère qui fait du bien. Ça m’a pris du temps à réaliser qu’il faut laisser au passé, ce qui appartient au passé. Aujourd’hui, je l’ai compris, et c’est correct comme ça. Ça nous permet d’être de bons amis et de rester côte à côte en nous serrant les coudes.

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles.

Ado, quand j’allais chez mon père, c’était comme les vacances. Comme je n’y allais presque jamais, je pouvais me laisser trainer, me faire engueuler, sans qu’on veuille m’arracher les cheveux de la tête. Mon père se forçait pour être sympathique et cuisiner mon plat préféré pour le souper. Il endurait mon chien, même s’il aurait préféré le cacher dans le bac de poubelles en attendant l’éboueur. On faisait semblant de s’endurer, mais dans le fond, on s’aimait bien.

Cette fin de semaine, je suis en vacances chez mon père. Pour une fille de 24 ans, en appartement depuis ses 19, la demeure familiale est un lieu de réconfort et de paresse. Je me laisse trainer et il ne dit rien. Il se contente d’un soupir découragé que je refuse d’entendre. Il se force pour être drôle et m’a cuisiné une bonne soupe maison, comme je les aime. Lorsqu’il a rencontré mon chien, il a chialé, mais sans plus. Comme avant. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, on partage une bouteille de vin, on fait des jokes de cul pis on trouve ça correct comme ça.

C’est drôle comme les choses changent et restent pareilles. Pis c’est correct comme ça. Ça nous permet d’avancer sans trop nous perdre. C’est rassurant.

samedi 18 septembre 2010

coming out

Je me nomme Marie Monde.

En apparence, j’ai l’air comme plusieurs autres femmes de mon âge. À 24 ans, je suis étudiante et je réussis assez bien. Je suis en forme, le sport faisant partie de ma vie depuis que je sais marcher. J’ai de bons amis, présents depuis longtemps. Une famille vraisemblablement normale. Je suis relativement autonome. Je partage un appartement avec d’autres filles un peu comme moi. Côté cœur, je me porte bien. Je suis assez jolie, je n’ai pas les dents croches, ni les pieds par en dedans, mais je préfère garder mes beaux yeux pour quelqu’un qui le mérite.

Adolescente, j’avais l’air comme plusieurs autres filles de mon âge, mais je mangeais trop. Lorsque j’étais seule en revenant de l’école, je mangeais tout ce qui me tombait sous la main. Un peu plus tard, j’allais refaire une épicerie et tout le monde n’y voyait que du feu. Ma mère me trouvait serviable, mais moi, je me sentais différente. Ensuite, j’allais faire du sport. Joueuse du rugby, basketball, soccer et course à pied. Mes amis me disaient sportive, mais moi je me sentais différente. La danse était mon seul ami avec qui je me permettais d’être entièrement moi-même. Un ami qui demeure toujours.

Jeune adulte, j’avais l’air comme plusieurs autres jeunes femmes de mon âge, mais je ne mangeais plus. Rendue en appartement, mon frigo était presque vide. Seulement quelques fruits, légumes et un pot de yogourt nature restaient. Je pouvais passer des heures au gym lorsque l’occasion d’un souper entre amis se présentait. Je réussissais bien dans mes études. J’étais présidente de l’association de mon programme et avais l’ambition de me rendre au doctorat. Les gens me disaient performante, mais moi je me sentais différente. Les yeux masculins commençaient à se tourner vers moi. Un regard que je n’avais jamais vraiment connu auparavant. Pourtant, aucun homme n’est resté. Je me suis mise à croire que je n’étais pas assez…

En apparence, j’ai toujours eu l’air comme tout le monde, mais moi je me sens parfois comme une extraterrestre. J’ai des troubles alimentaires depuis le début de mon adolescence. J’ai eu la chance d’être entourée de gens qui m’aiment et m’apprécient pour ce que je suis, mais moi je me refusais de le reconnaître. Souvent, j’ai dû leur mentir pour préserver l’image de fille forte et parfaite que je leur reflétais et tel est mon plus grand regret. Plusieurs amitiés se sont brisées, mon cœur aussi parfois.

C’est pour ces gens que j’ai mis le pied pour la première fois à la clinique St-Amour, un endroit qui allait m’aider on me disait. Je ne cessais de me répéter que je n’avais pas besoin d’aide. Je refusais d’accepter que je fusse différente et vulnérable. Je ne voulais que faire taire les inquiétudes de mon entourage.

Heureusement, le personnel de la clinique a été patient. Les intervenants ont su attendre que je me sente prête à affronter le changement. Tranquillement, ils m’ont aidée à me rappeler qui j’étais réellement et retrouver un équilibre de vie saine. La clinique m’a sortie de ma solitude en prenant conscience que d’autres vivaient des difficultés semblables. En 3 ans, je peux dire que j’ai accumulé les hauts et les bas. J’ai fait 2 fois le suivi intensif, ce pour quoi j’ai dû interrompre mes études. Aujourd’hui, je m’en remercie.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé des moments de pur bonheur. Je danse et fais du sport pour le plaisir et non pour me brûler. J’accumule sereinement les matins où j’apprécie ce que je vois dans le reflet du miroir et je m’entoure de gens passionnés qui me ressemblent. Je suis maintenant marraine pour aider à mon tour ceux qui se sentent seuls. Cette expérience apporte un sens aux difficultés que j’ai vécues et cela m’apporte beaucoup de bien.

Ce texte est probablement le plus confrontant pour plusieurs qui me connaissent. Un coming out qui risque de créer bien des vagues. Un coming out qui, je l’espère, vous aidera à comprendre. Un coming out qui vise à faire taire les préjuger et à ouvrir l’empathie. Un coming out qui désire mettre sous silence les commentaires désobligeants qui quittent parfois vos lèvres à la vue d’une personne en souffrance. Un coming out qui cherche à ouvrir vos yeux à l’égard de vos proches, car une fille sur dix aujourd’hui éprouve une détresse semblable à la mienne qui pourrait la mener à la mort. Un coming out qui cible vos cœurs. Un coming out qui me rend ce matin légère, fière et souriante.

mardi 13 juillet 2010

Un Carrefour de Gestionnaires

16 Avril 2010…

Je me présente au Carrefour Jeunesse du CCSE Maisonneuve, CV à la main. Un jeune garçon prénommé Michael, 12 ans, m’ouvre la porte de la maison alors fermée. Michael aime le caramel comme la plupart des ados. Il a l’air d’un enfant, mais il aime avoir l’air rebelle. Il aime les tatous et son visage est parsemé de barbelés. Lorsque Michael a faim, il fouille les poubelles. Autrement, il vient au Carrefour.

3 semaines plus tard…

Je me rends au Carrefour pour ma première journée de travail. Nerveuse, excitée et enthousiaste, je me présente. Je rencontre Amélie, 15 ans. Celle pour qui Michael a un béguin. Amélie aime la danse. Son idole est Justin Bieber. Elle aimerait danser dans ses spectacles un jour. À la maison, ses parents rient d’elle lorsqu’ils ne l’insultent pas. Amélie utilise les locaux du Carrefour pour répéter puisque les cris de ses parents étouffent la musique. Amélie a un grand frère, Mathieu, 17 ans. Mathieu aussi est un habitué du Carrefour, mais pas pour les mêmes raisons. À 13 ans, Mathieu était le meilleur dealer de tout Hochelaga. Drogue en pilule, en poudre, en feuille, le Carrefour était pour lui le meilleur endroit pour vendre aux jeunes du quartier. Mais Mathieu s’est fait pincer. Après un mois de fréquentation du Carrefour, il s’est rapproché d’un animateur nommé Jean-François. Jeff était cool et n’aimait pas la drogue. À 17 ans, Mathieu ne vend plus, ne consomme plus. Il participe à la vie du Carrefour pendant qu’il termine difficilement son secondaire dans une école adaptée.

Au mois de juillet suivant…

Mon patron convoque mon équipe et moi dans son bureau. Mon patron est un gestionnaire. Il aime vivre dans le passé et avoir le contrôle. Il nous annonce que le Carrefour sera fermé pour les 2 prochaines semaines pour des raisons de restructuration. Ébranlés, déçus et inquiets, nous pensons à nos jeunes. Au même moment, Michael est devant le Carrefour. Le ventre vide, il rencontre une porte fermée. Il fouille dans la poubelle en appelant Amélie pour l’avertir. Pendant ce temps, fâchée, Amélie est dans sa chambre. Elle a accoté son lit près du mur pour obtenir suffisamment d’espace pour bouger. Sans musique pour ne pas déranger ses parents, elle danse. Lorsque sa mère entre dans la pièce, elle lui crie de ne plus perdre son temps sur des niaiseries et de lui faire une sandwich. Au même moment, son frère Mathieu est dans la rue. Rien à faire, il est retourné chez des vieux amis. Il prend sa première méthamphétamine depuis des mois. Il aime l’effet. Cette énergie lui avait tant manqué.

2 semaines plus tard…

Je retourne au Carrefour le sourire aux lèvres. Nerveuse, excitée et enthousiaste, je rencontre Mathieu sur mon chemin. Je lui souris et lui demande s’il m’accompagne. Il fuit mon regard et garde les mains dans ses poches. Mathieu sent la mari à plein nez. Il a la tête dans les nuages et le cœur dans la flotte. Je lui rappelle qu’il est le bienvenu au Carrefour et que je l’y attendrai. Inquiète, je poursuis ma route. Au même moment, Amélie égratigne ses disques de musique avant de les mettre à la poubelle. Elle a fini par écouter ses parents. Deux heures plus tard, il n’y avait toujours personne dans le Carrefour lorsque Michael y est entré. Heureuse de le voir, je lui souris. Il ne me regarde pas, se dirige vers le frigo. Michael prend une liqueur, 2 barres tendres, 1 M. Freeze, un pot de moutarde et quitte sans dire au revoir.

Hier, 12 juillet 2010…

Mon patron le gestionnaire demande à me voir. Dans son bureau plaqué or, il m’annonce que le Carrefour ferme ses portes parce que la clientèle délinquante est dérangeante et perturbe la place. Je pleure. Au même moment, le ventre du Michael fait des sons qu’il n’avait jamais entendus auparavant. Amélie, de son côté, faisait une fellation à son nouveau chum, l’ami de son frère, dealer lui aussi. Quant à Mathieu, il frappe un client endetté se sentant puissant et fort.

Aujourd’hui…

Le Carrefour est habité par les gestionnaires de la promenade Ontario qui tentent de faire d’Hochelaga un nouveau quartier frais, dans le vent et dépourvu de travers. Ils sont les auteurs d’un nouveau génocide. Pour eux, la pauvreté n’a pas lieu d’exister. Je pense aussi à mes jeunes. Je regrette de n’avoir pu leur dire à bientôt pour leur montrer que je ne les abandonne pas, comme tous ceux qui l’avaient fait avant moi…

mardi 18 mai 2010

Silence, le téléphone ne sonne pas.



Vous est-il déjà arrivé d’attendre? Non pas de passer le temps avant que l’autobus arrive ou de regarder les minutes passer avant la fin de votre cours de stats. Ces moments sont fréquents et passagers. Ils n’influencent ni le passé ni le futur, seulement le présent. La plupart du temps, ils et sont simplement causés par l’ennui ou le désir.

Soyez honnête. Avouez qu’attendre l’autobus avec votre album préféré vibrant dans vos oreilles est beaucoup plus captivant qu'en se tournant les pouces. Il se peut même qu'en écoutant sa mélodie vous fredonniez les paroles et oubliez les secondes qui passent. Comme si le temps s’arrêtait pour ne laisser place qu’à la musique. Vous ne quitteriez votre nuage que lorsque le grondement du moteur et le crissement des pneus sur la chaussée annonceraient l’arrivée de votre carrosse. Par contre, le jour où votre iPod est déchargé, vous vous emmerdez. Le temps est long et pénible. Lorsque l’autobus arrive enfin, elle est accueillie comme un miracle mettant fin à vos supplices. Pourtant, avec musique ou non, ces minutes n’auront rien changé à votre vie. Vous vous rendrez à destination et vaquerez à vos occupations. À la fin de la journée, ces secondes n’auront plus aucune importance.

Maintenant, croyez-vous avoir réellement vécu l'attente? Je parle ici de celle qui exige une patience inouïe. L’attente de l’instant qui va changer votre vie. Celle qui se réfère à la fois au passé, au futur et au présent. Celle qui déterminera qui vous êtes aujourd’hui, en ce moment, maintenant et pour la fin de vos jours.

Pour ma part, j’ai ressenti cette patience impatiente quelques fois déjà…

1998, j’avais 12 ans à l’époque. Je n’étais pas très jolie, mais très sportive et un peu garçon manqué. J’étais toujours entourée de garçons, mais n’en avait jamais embrassé aucun. En cachette, j’étais follement amoureuse d’Antoine, mon voisin. On le surnommait Daigneault. Lui avait 15 ans, il était grand, blonds et avait déjà mué. Je l’aimais parce qu’il était rebel et qu’il faisait du vélo sur la roue d’en arrière. Mon père le détestait pour les mêmes raisons. Daigneault avait une blonde, une voisine elle aussi. Il l’aimait parce qu’à 14 ans, elle avait déjà des seins et moi je la détestais pour les mêmes raisons. Pendant plus de 3 mois, il ne se passait pas un après-midi où je n’attendais pas l’annonce de sa rupture et de mon premier baiser. Chaque jour était le même. Daigneault passait me chercher à l’école et me faisait un lift en vélo. J’étais tellement fière de partir avec un grand du secondaire! Après, on passait des heures à parler sur mon balcon. Le lendemain, la routine recommençait. Je détestais les vendredis, parce que je devais lui dire au revoir pour deux longues journées. Le 22 juin, mon souhait s’est réalisé, Antoine m’a embrassée. Je m’en rappelle parce que c’était la dernière journée d’école avant les vacances. Après m’avoir reconduite chez moi, il avait pausé ses lèvres sur les miennes. Les yeux fermés et ses mains sagement posées sur le creux de mon dos, il avait tenté d’entrer sa langue dans ma bouche, mais j’avais le clapet trop fermé. Ce moment a changé ma vie. Ce baiser avait mis fin à la monotonie. C'était mon premier. J’étais devenue une femme et plus jamais je n’attendrais cet instant à nouveau. Mon vœu était devenu souvenir…

2001, j’avais 15 ans à l’époque. Un soir, deux policiers sont venus m’interroger chez mes parents. Mon meilleur ami Pierre avait disparu depuis la fin de l’école. Je leur ai dit ce que je savais. Je leur ai parlé du conflit qu’il y avait eu entre lui et une enseignante à l’école. Je n’en savais pas plus, alors ils sont partis. J’ai décroché le téléphone dès leur départ. J’ai appelé tous mes amis au point de réchauffer la ligne, mais personne n’avait suivi sa trace. Ensuite, je me suis assise dans mon divan, les genoux entre les bras. Ma mère était à mes côtés, le téléphone aussi. Je suis restée là, sans bouger, sans parler, les yeux rivés sur la télévision, mais je n’avais aucune idée de ce qui jouait. J'attendais que le téléphone sonne et d'entendre sa voix : «Hey Marie, j'me suis claqué un sale trip!» J'attendais de le traiter d'innocent et de poursuivre avec un fou rire, mais rien. Seulement, Ginette Renaud encore invitée dans un talk-show. Je pensais, fouillais dans ma tête chaque endroit que nous avions visités ensemble. Il devait être quelque part! Après que ma mère m'ait souhaité bonne nuit, je me suis levée d’un bond. J’ai attrapé mon vélo et pédalé le plus rapidement possible jusqu’au seul endroit où il pouvait être : le champ. Je croyais qu’il y serait, les yeux vaporeux, complètement givré à regarder les étoiles, comme il avait l’habitude de le faire. Il n’y était pas. J’espérais toujours. J’attendais le moment où j’allais comprendre et que le mystère n’existerait plus. Le lendemain, j’ai appris son décès. J'ai d'abord vécu de la tristesse, mais étrangement un soulagement. Le soulagement de la réponse. Telle était la fin de notre histoire. Une fin tragique certes, mais Pierre allait toujours être avec moi. Sa présence ne serait que différente…

2008, j’avais 23 ans à l’époque. J’en étais à ma dernière année de bac. J’aspirais à devenir psychologue. Cela faisait presque 3 ans que je me donnais corps et âme pour maintenir une moyenne de A+ et atteindre le doctorat. Je m’étais appliquée pour rendre des demandes d’admission représentatives de mon travail. Au mois d’avril, j’attendais toujours ma réponse et je n’étais pas la seule. L’ambiance était empreinte d’anxiété dans le pavillon. Les filles vomissaient dans les toilettes avant les examens. Les gars ne dormaient plus. Même le mec le plus zen du programme s’était découvert des crises d’urticaires! À la fin du mois, à 4 jours de la fin de la session, j’étais la seule à demeurer dans l’attente. Mes préoccupations m’envahissaient au point d’en être incapable d’étudier mon dernier exam de patho. Cela voulait-il dire que j’étais refusée? Qu’allais-je faire l’année prochaine? Devrais-je appeler le directeur de programme? Est-ce que j’ai bien fait de dire que je n’aimais pas la neuro en entrevue? Les questions tournaient en rond dans ma tête n’allaient nulle part. Le courriel de l’université de Sherbrooke a interrompu leur course. J’étais finalement acceptée dans le programme de mon choix. Mes efforts n'étaient donc pas vains. J'étais rendue une étudiante du 3e cylce. Un nouveau pas vers mes objectifs de carrière. Mes études prendraient une tout autre tournure…

2010, j’ai 24 ans aujourd’hui. J’attends un pronostic qui ne changera peut-être pas ma vie, mais la façon dont je vais la vivre. J’attends et j’ai peur. Je poireaute et je mange le temps par impatience. Je vide ma bibliothèque de ses livres. Je prends ma douche lentement, non pas pour apprécier l’eau glisser sur ma peau, mais pour me rapprocher de la nuit. Je cuisine, j’écris, je prends des marches, j’écoute de la musique, je…je…je….j’en fais trop et pas assez. Je suis en vacances, mais je ne suis pas libre. Pas libre, puisque je suis accrochée à ce foutu téléphone encore une fois. C’est frustrant. Je constate que l’attente ne s’apprend pas. L’expérience n’a rien a y voir, c’est simplement invivable…

C’est drôle. C’est ce que je pensais quand j’ai commencé à écrire ce texte ce matin. Je m’apprêtais à écrire que l’attente c’était la mort. Que dans l’attente on ne vivait plus, on ne faisait que respirer. On fait défiler le temps comme si on voulait le jeter aux poubelles. Comme un déchet, on voudrait s’en débarrasser jusqu’à l’obtention de notre désir. Mais c’est faux. C’est complètement faux. L’attente représente l’espoir et la confiance au futur qui se pointe le nez. C’est le désespoir qui efface le futur et porte l’attente à la mort…

18 avril 2008, j’ai 24 ans aujourd’hui. Je suis au soleil et j’attends. J’ai mon téléphone à la main et lorsque la voix émanera de l’émetteur, je saurai l’entendre et je continuerai de vivre avec son écho…

samedi 15 mai 2010

Je t’ai connu il a longtemps déjà ou pas si longtemps finalement…


Tu goûtes à la vie et y mords à pleine dent.

On a cuisiné des petits plats, dégusté un bon rouge ou joui de l’ivresse d’une soirée.

Tu te régales de la même passion.

Tu connais la saveur du plaisir et du bonheur.

Tu détestes l’amertume de la tristesse, mais apprécies l’arrière-goût de la mélancolie.

Tu m’as peut-être même fait connaître le parfum du plaisir charnel.

Je me suis possiblement délectée de la saveur de ta langue se faisant des délices de la mienne.

Je me repais toujours de notre complicité et en suis toujours gourmande.


Tu apprécies le son des mélodies et tes pieds suivent la cadence de la vibration.

Tu aimes l’effervescence du spectacle.

Tu gardes ton propre rythme et tu te balances d’être à contretemps.

Tu tends l’oreille au monde qui t’entoure.

Tu écoutes ma chanson et fredonnes les paroles que j’ai envie d’entendre.

Tu reçois l’écho de mes rires, mes pleurs et mes cris, peu importe les décibels.

Nos vies s’harmonisent doucement et turlutent un air heureux.


Tu respires l’authenticité.

Tu exhales une originalité inspirante.

La puanteur des remords te répugne et t’éloigne.

Tu flaires mes inquiétudes et sens mon enthousiasme.

Ton odeur est réconfortante et le souvenir de tes arômes est apaisant.



Tu possèdes un doigté touchant.

Tu palpes mes impressions lorsque tu prends contact avec l’interrogation.

Rien ne t’est hors d’atteinte.

Tu sais comment toucher à tes rêves et attraper la lune.

Nous nous sommes peut-être caressés aussi pour atteindre le septième ciel.

Tu me rends une tape sur l’épaule ou un coup de pied dans le cul quand j’en ressens le besoin.

Tu m’as possiblement déjà blessée, mais ton contact m’est aujourd’hui vivifiant.


Tu vois grand et la vie en rose.

Tu regardes en avant et gardes le cap.

Je garde en vue cette soirée où nous avons dansé et elle me fait sourire.

Tu es le photographe de mon œuvre : tu captes l’image selon ta perspective et m’en reflètes le panorama.

Tu m’éblouis quand tu me souris.

Mes yeux se sont peut-être rivés vers toi, aveuglés par l’amour et le désir.

Les tiens ont plausiblement répondu à mon appel en me disant que j’étais belle.

Tu vois en moi les couleurs de mon tableau et ton regard posé sur moi me donne confiance que l’avenir est beau.


Je t’ai connu il y a longtemps de cela, ou pas si longtemps finalement.

Tu fais partie de moi et je reconnais en toi.

Et c’est ce qui fait l’amitié qui nous unit.

mercredi 14 avril 2010

Les préjugés

En août, j’ai emménagé dans Hochelaga. Plusieurs ont des préjugés sur mon quartier. « C’est pauvre. » « Ya beaucoup de violence. » « Les gens sont étranges. » C’est vrai. Je ne peux pas dire le contraire. Je crois simplement que ceux qui s’y arrêtent ont peur. La pauvreté, la violence et la différence sont des symboles de souffrance. Personne n’a envie de s’y rattacher. Pourtant, c’est en y étant sensible qu’on réalise qu’ils peuvent être origine de bonheur.

À l’Halloween, j’ai fait mon marché dans Hochelaga. Je voulais acheter des bonbons pour les donner aux enfants. Mes colocs m’avaient dit que personne ne viendrait, mais j’étais incapable de m’y résigner. J’avais tant de bons souvenirs déguisés. Je voulais en offrir à mon tour. Cinq heures : il était tard pour un soir d’Halloween, mais mieux vaut tard que jamais. Lorsque je suis sortie de l’appartement, aucun enfant ne marchait dans ma rue. C’est en tournant le coin d’Ontario que je les ai aperçus. Des dizaines d’enfants étaient aux portes des commerces qui les gâtaient de bonbons de toutes sortes. Des bénévoles orangés étaient aussi présents pour assurer la sécurité et remettre des sacs-surprises. Chaque famille du quartier n’était peut-être pas suffisamment riche pour acheter des palettes de chocolat, mais ensemble et avec l’aide des marchands, elles étaient parvenues à battre la pauvreté.

L’autre jour, j’ai tourné le même coin de rue dans Hochelaga. Un mendiant y était assis avec son chien. À sept heures le matin, il saluait les gens et leur souhait bonne journée en souriant. Je suis entrée à la boutique d’à côté m’acheter un bon café latté pour me remettre de ce petit matin pressé. Je hais les petits matins pressés! À la caisse, en attendant mon breuvage réconfortant, j’ai entendu : « Ramasse-le donc ton cabot de chien! Yé dans mes jambes!» Un homme en trench s’était enfargé dans la laisse du labrador en se ruant vers la porte du café. Le genre de monsieur qui a l’habitude des matins pressés. Le jeune mendiant s’est excusé en souriant bêtement et en priant son chien de revenir se coucher près de lui. C’est le monsieur qui a grogné et moi, à mon tour. Le chien, lui, est resté silencieux. En sortant du café, j’ai remis mon latte au garçon en lui souhaitant bonne journée. Le jeune homme n’avait certes pas l’air d’un ange, mais la violence ne venait pas de lui.

Hier, j’ai marché dans Hochelaga tout l’après-midi. À la recherche d’un emploi, j’ai visité chaque organisme communautaire oeuvrant auprès des enfants ou des adolescents. J’ai terminé par celui qui m’intéressait le plus. C’est probablement pourquoi j’ai été déçue que la porte soit verrouillée lorsque je m’y suis présentée. Un garçon étrange y était aussi évaché. Il se donnait un air de dur à cuire avec son coat en cuir garni de studs et ses percings, mais son visage rond et son regard enfantin le trahissaient. Il devait avoir environ 12 ans. Je lui ai demandé à quelle heure le centre ouvrait. Il m’a répondu gentiment en m’expliquant que si je voulais parler à la responsable, elle était présente et je n’avais qu’à cogner fort. Un peu timide, j’allais quitter, me disant que je reviendrais lors des heures d’ouverture, lorsqu’il m’a pris le bras et m’a dirigée devant la porte. Il a cogné 4 grands coups sur la porte. « Reste là », il m’a dit, « Il y a une caméra, ils vont voir que ce n’est pas moi.» La femme est venue m’ouvrir et j’ai pu avoir mon entrevue. En quittant, il était toujours évaché près de la porte. Je l’ai remercié en lui disant qu’il avait fait ma journée. C’est un « Ouin » blasé que j’ai eu comme réponse, mais j’ai bien vu que mon intention lui paraissait étrange et le rendait heureux.

Bientôt, je signerai mon bail à nouveau, dans Hochelaga.